Le syndrome du choc acoustique1 se répand avec la multiplication des centres d'appel. Jean2, ex-téléconseiller nous livre sa douloureuse expérience.
"A 43 ans, je subis ma seconde intervention chirurgicale consécutive à un syndrome du choc acoustique. Pendant un an, on m'a soigné à coups d'ibuprofène et de corticoïdes ! Les généralistes connaissent mal ce phénomène. Je veux aujourd'hui en parler pour que personne ne vive ce que j'ai traversé ».
Le cauchemar de Jean commence quand il prend un poste dans un centre d 'appel. Il travaille pendant cinq ans avec trois autres personnes dans 20 m2. « Pour avoir une conversation intelligible avec mes interlocuteurs, je me suis mis à augmenter le volume du casque. II fallait que je couvre les propos de mes collègues... Sans parler des allées et venues dans notre bureau ! » Au cours de son travail, Jean subit plusieurs chocs acoustiques : « Quand cela arrive, vous lâchez tout, car c'est insupportable. »
Un diagnostic difficile.
En 2014, pourJean. c'est le choc de trop. S'ensuit un parcours du combattant pour identifier ce dont Jean souffre et le soigner. Car le choc acoustique est méconnu et difficile à diagnostiquer : « Le syndrome du choc acoustique se manifeste de diverses manières. Moi, j'ai souffert d'otaIgie (douleur de l'oreille), d 'acouphènes (bruits entendus sans qu'ils existent réellement, type sifflements ou bourdonnements), d'hyperfragilité de l'ouïe, de maux de tête, de vertiges... Je croyais que j'étais le seul. En échangeant avec mes anciens collègues, je me suis aperçu qu 'ils ressentaient des douleurs articulaires à la mâchoire. C'est aussi l'un des symptômes, comme l'irritabilité ou l'anxiété... Travailler à ce genre de poste, c'est comme rester en boîte : vous ressortez et vos oreilles bourdonnent... Après du repos, la gêne finit par passer. Et puis, un jour, ça ne passe plus, et là, c'est la panique.»
À l'instar du corps médical, les entreprises ne connaissent pas ou peu ce phénomène : Jean sera réaffecté à des postes inadaptés et bruyants (à l'accueiI). « Le poste de téléconseiller n'était pas qualifié comme dangereux ou présentant de risques particuliers. Aucun de mes anciens collègues n'occupe encore ce poste. ll ya un turn- over énorme. » Jean en tire une leçon: « ll semble plus simple de changer les hommes que de pousser les cloisons de la plateforme téléphonique. »
Choc acoustique : méconnu mais reconnu.
1 L'article a été écrit par Maud Vaillant, dans le magazine des Adhérents de la CFTC, "La vie à défendre numéro 200 d'aout 2017" .
2 Le prénom a été modifié afin de préserver l'anonymat du témoignage.